La viticulture suisse traverse des heures difficiles. Une crise sans précédent frappe le monde de la vigne, confronté à une baisse des ventes et donc des revenus, tandis que les stocks s’accumulent au point qu’à Genève, on se demande déjà où vinifier les vendanges 2026. L’annonce d’un important encaveur faisant savoir qu’il n’achèterait pas la prochaine récolte ajoute à l’inquiétude des exploitants. Les représentants de l’Interprofession de la vigne et du vin reçoivent chaque jour des téléphones de viticulteurs en plein désarroi, se demandant de quoi leur avenir sera fait, comment ils vont s’en sortir.
C’est dans ce triste contexte que le poète, travailleur social et élu socialiste Sylvain Thévoz choisit de descendre en flammes l’alcool en général, le vin en particulier. C’est le mal absolu. Ce produit « capitaliste » serait une calamité, responsable de cancers divers et variés, de suicides, de violences au sein du couple, d’agressions sexuelles, n’en jetez plus, la coupe est pleine. L’homme va plus loin, traitant l’Académie du Cep de bande d’ivrognes qui se gaveraient de picrate dont ils ignorent tout. Le personnage réduit un produit noble à un poison dont la consommation serait responsable des maux de notre époque.
Sylvain Thévoz fait mine d’ignorer que le vin accompagne l’humain depuis des millénaires et qu’une consommation raisonnée ne présente aucun risque, étant entendu que c’est la quantité qui fait le poison. L’homme insulte des hommes et des femmes qui travaillent durement pour obtenir un produit qui n’a rien d’une « came que l’on trouve partout », mais au contraire tout d’une boisson noble qui accompagne volontiers les bons repas et les moments festifs. Mais Sylvain Thévoz a raison de parler de came, car son propos ne vise qu’un but : faire passer le vin pour plus dangereux que le crack, dont on mesure les effets aux abords de Cornavin, tandis qu’il milite pour la libéralisation des drogues.
Le temps n’est pas aux postures moralisatrices ni aux polémiques destinées à flatter un électorat de niche. Il est à la responsabilité. Il est au soutien concret d’une filière essentielle à notre économie locale, à notre paysage, à notre identité. Il est à la mise en place de conditions-cadres qui permettent aux exploitations familiales de respirer, d’investir, d’innover et de transmettre.
Car derrière chaque bouteille genevoise, il y a une histoire, un savoir-faire, un territoire.
Mais on ne piétine pas impunément celles et ceux qui font vivre notre terre.
Soutenir les vins genevois, ce n’est pas défendre un vice.
C’est défendre une culture. Une économie. Une transmission.